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Mémoire d'une nuit d'orage

Mémoire d'une nuit d'orage
de Avant-première

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au lieu de 19,50 €

Nombre de pages : 464.
Observation :Nancy Pickard.

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resumé :

Jody n’était qu’une enfant lorsque ses parents furent assassinés. Vingt-trois ans plus tard, c’est pour elle un choc d’une grande violence quand elle apprend que leur meurtrier est libéré. Tandis que ses vieilles blessures se rouvrent, de nouvelles questions l’assaillent : Que s’est-il vraiment passé le soir du meurtre ? Pourquoi n’a-t-on jamais retrouvé le corps de sa mère ? Et si la vérité n’était pas celle qu’elle avait toujours crue ?

Un roman dont la forte intensité dramatique et le suspense vous tiendront en haleine jusqu'à la dernière page.

Extrait :

1


9 juin 2009
 
Jusqu'à l'âge de vingt-six ans, Jody Linder s'était méfiée du bonheur.
C'était un trait de son caractère qu'elle détestait particulièrement, car il avait tendance à lui gâcher certains moments qui, sans cela, auraient pu être extrêmement agréables. Mais, après tout, elle vivait à Rose, dans le Kansas. Pas plus tard que l'année précédente, une mini-tornade avait tué trois personnes à quelques kilomètres de là. Une tornade, par un jour de grand soleil ! En hiver, il y avait des trombes de pluie verglaçante. En été, des feux de prairie. Et, à tous moments, des gens qu'elle connaissait étaient mis en faillite, perdaient leur maison, leur ranch, leur emploi. Ou alors ils mouraient de manière totalement inattendue. Vous pouviez, par exemple, appartenir à une gentille famille, mener une vie ordinaire dans une petite ville perdue au milieu de nulle part et, un samedi soir pareil aux autres, des hommes violents surgissaient à l'improviste, comme une de ces tornades, et vous transformaient en héros d'un roman de Truman Capote. En héros mort. Ces choses-là arrivaient bel et bien. Ce n'était pas de la paranoïa, mais une terrible réalité que Jody connaissait mieux que quiconque – ou du moins, mieux que tous ceux dont le père n'avait pas été tué quand ils n'avaient que trois ans et dont la mère n'avait pas disparu au cours de la même nuit.
Oui, ces choses-là arrivaient, et elle en était la preuve.
C'est pourquoi – le passé lui ayant démontré qu'on ne pouvait pas se fier au présent – le bonheur rendait Jody Linder anxieuse. Dès qu'elle éprouvait le plus léger sentiment de sécurité, elle se mettait à inspecter chaque recoin, à soulever les couvercles des poubelles et à écarter les rideaux de douche par crainte de ce qui pouvait se dissimuler dessous et derrière, car on ne savait jamais. Un tueur pouvait être caché dans un coin, des cafards tapis dans les poubelles, des araignées embusquées dans la baignoire.
Le bonheur était fragile, précieux et suspect.
« Le malheur est caché au cœur du bonheur », elle en était convaincue, ce qui expliquait l'inquiétude qui l'assaillait alors qu'elle était allongée nue sur son lit à côté de Red Bosch, en plein milieu de cet après-midi trop beau pour ne pas prêter au soupçon. L'air avait un parfum trop suave pour ce temps caniculaire, la lumière filtrant à travers ses rideaux à trou-trous semblait trop douce pour la mi-journée. Plus angoissant encore, le plaisir partagé avec cet homme qu'elle n'aimait pas avait été bien trop intense pour qu'elle n'ait pas à regretter par la suite ces instants délicieux. Elle avait gardé les yeux ouverts au moment crucial et surpris Red en train de la contempler avec un petit sourire satisfait.
Ne te rengorge donc pas tant, avait-elle failli s'exclamer. Puis elle s'était dit, premièrement, que ce n'était pas gentil et qu'il n'avait pas mérité d'être traité de la sorte, et, deuxièmement, qu'il avait bien le droit de se rengorger. Red excellait à monter à cheval, rassembler le bétail, mettre le foin en balles, et à faire ça. Il était difficile d'imaginer des talents mieux appropriés chez un homme.
« Tu es une jolie fille, murmura Red, en faisant paresseusement glisser son doigt le long de son sternum.
— Une jolie fille en sueur », répondit-elle, s'emparant de sa main pour la reposer sur son ventre à lui, tout aussi moite.
Il rit, d'un profond rire de gorge empli de suffisance.
Un vent brûlant parfumé de pollen entra par la fenêtre ouverte.
Elle y décela l'odeur du chèvrefeuille, qui n'avait pas encore fleuri, et celle du lilas, dont la saison était déjà passée. Elle savait que c'était impossible, que c'était un pur produit de son imagination. Exactement le genre d'illusion que le plus infime sentiment de sécurité pouvait susciter en elle.
Red et elle étaient étendus sur le dos tels des chiots béats à qui l'on aurait gratté le ventre pendant une demi-heure. Allongée de manière que ses membres poisseux de transpiration ne touchent pas ceux de Red, Jody laissa échapper un irrépressible soupir de bien-être. Immédiatement, elle eut envie de le ravaler, car elle préférait éviter de clamer sa félicité au monde entier.
Le malheur est caché au cœur du bonheur…
Le bruit d'un véhicule débouchant au coin de la rue l'incita à se tourner vers la fenêtre, redoutant déjà une mauvaise surprise.
« Tu as entendu, Red ?
— Quoi ?
— Chut ! »
Le rugissement d'un deuxième engin, puis d'un troisième, vint s'ajouter au premier, ce qui ne fit qu'accroître son appréhension. Elle s'appuya sur ses coudes et redressa la tête pour mieux écouter. Si elle avait vécu à Kansas City, à 560 kilomètres à l'est, ou à Denver, à 400 kilomètres à l'ouest, elle n'aurait pas prêté attention aux bruits de la circulation. Mais on était dans l'une des rues les plus tranquilles d'une ville si petite qu'on pouvait entendre les gens faire démarrer leur voiture à l'autre bout de Main Street, et savoir ainsi s'ils étaient en retard pour se rendre au travail.
« Quelqu'un vient de se garer devant la maison.
— Qui ? »
Elle lui lança un regard incrédule.
Parfois, elle se demandait s'il ne lui manquait pas une case.
« Quoi ? » s'exclama-t-il, mi-sérieux, mi-rieur.
Il avait treize ans de plus qu'elle, mais elle avait quelquefois l'impression d'être la plus mûre des deux. Se détournant de son corps nu et avachi, elle se décolla des draps blancs tout neufs, se laissant glisser à bas du haut lit en bois de noyer garni d'oreillers également neufs, tout comme l'alaise, le matelas et le sommier. Quand ses pieds nus se posèrent sur le parquet de noyer qu'elle avait ciré et poli jusqu'à ce qu'il brille au soleil, elle se rua vers les fenêtres – d'une hauteur nettement supérieure à son mètre soixante, et dont les vitres étincelantes de propreté étaient encadrées de noyer ciré – pour voir ce qui se passait. Des travaux de voirie ? Peu probable, étant donné que le budget municipal de Rose suffisait à peine à payer l'électricité nécessaire au fonctionnement de la demi-douzaine de feux de signalisation.
Ce qu'elle découvrit lui provoqua un tel choc qu'elle se mit aussitôt à paniquer.
« Oh ! mon Dieu. Red ! Lève-toi ! Habille-toi ! Il faut que tu partes immédiatement ! »
Car ce qu'elle avait aperçu, depuis le premier étage, c'étaient ses trois oncles en train de ranger leurs pick-up devant la maison de ses parents, alors qu'elle ne savait même pas qu'ils se trouvaient en ville. Elle continuait de considérer cette maison comme celle de ses parents, bien que Hugh-Jay et Laurie Jo Linder aient disparu depuis si longtemps qu'elle avait l'impression de ne les avoir jamais connus. Néanmoins, c'était toujours leur demeure, aux yeux de leur fille unique, la seule survivante de cette fameuse nuit de violence, vingt-trois ans plus tôt – et comme aux yeux de tous les habitants du comté de Henderson, du nom de l'arrière-arrière-grand-père de Jody, du côté paternel.
« Quelle est donc cette vision effroyable ? » murmura-t-elle à la fenêtre, parodiant Shakespeare. L'obtention de sa maîtrise ès littérature anglaise était un succès qui aurait dû la réjouir, mais qu'elle n'avait pu s'empêcher d'assombrir en doutant de pouvoir jamais trouver un poste d'enseignante dans cette matière.
« Qui est-ce ? Ton second petit ami ? »
Red formula cette question sur le ton de la plaisanterie, mais sa voix manquait d'assurance.
« Je n'en ai pas d'autre. Et d'ailleurs, je n'en ai aucun. »
Cette réponse était d'une franchise qui confinait à la cruauté, et elle la regretta aussitôt.
« Qu'est-ce que je suis, alors ? » s'enquit Red sans se départir de son calme.
Une commodité, ce fut le terme qui surgit à l'esprit de Jody, mais qu'elle se garda d'émettre à voix haute. Voilà pourtant ce qu'il était pour elle – et le seul mâle disponible de la région qui ne fût ni un enfant ni un vieillard. Ni un membre de sa famille. Elle se retourna pour contempler cet amant qui n'était pas son petit ami, ce cow-boy sec et musclé vautré en travers du lit. Ses doigts savaient que cette longue carcasse était couturée de cicatrices, de contusions, de bosses incongrues là où les os s'étaient mal ressoudés, et de petites blessures encore fraîches. Red n'était pas le plus prudent des cavaliers. Il avait tendance à se faire désarçonner, éjecter et piétiner plus souvent que le concurrent moyen d'un rodéo, et il ne participait même plus à ces compétitions, il n'était qu'un simple ouvrier de ranch. Peut-être était-ce à cause de cela qu'il lui plaisait, pensait-elle parfois : parce qu'il n'était rien de plus qu'un cow-boy et n'avait pas la prétention d'être autre chose. Il était également vrai que le corps des autres hommes – des comptables, par exemple, ou des juristes, même si elle n'en avait jamais fréquenté – lui paraissait ennuyeux, comparé à ce terrain passionnant qu'était la peau d'un cow-boy.
« Alors ? » insista-t-il.
Elle lui lança un regard exaspéré, parce que la question l'irritait et qu'elle ne savait pas comment y répondre sincèrement sans le blesser. Elle lui tourna le dos, reportant son attention sur le spectacle dérangeant qui se déroulait en dessous d'elle, en se dissimulant derrière les rideaux blancs flambant neufs. Le vent chaud entrant par la fenêtre ouverte soufflait autour d'elle, menaçant d'exposer sa nudité au regard de ses oncles, s'ils venaient à lever les yeux.
Elle aspira sa lèvre supérieure contre ses dents et la suçota.

Avis des lecteurs :
Paule
bourg de peage
4/5
très bon livre on a hâte de savoir qui c'est le meurtrier et qu'elle surprise à la fin je vais le relire dans un an

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